Camille Deslauriers

« Dans les bras de Satie » – Fausse piste

Vous pouvez consulter le résumé de la nouvelle ici.

Une fois de plus, s’emprisonner dans des doubles pistes, comme dans un labyrinthe.

Partir d’abord d’un lambeau de pyjama emprunté au texte de Joanie (insérer un lien vers résumé) qu’une adolescente trouverait sur la plage, à marée basse. Se dire : mon personnage serait une adolescente, elle collectionnerait les objets insolites et macabres. Ses dents de lait. Ses rognures d’ongles. Les couilles de son chat qu’elle vient de faire castrer, comme de minuscules pois chiches, dans le formol. Et maintenant, ce simili-placenta. Elle serait fascinée par la légende de l’île au Massacre http://www.irepi.ulaval.ca/fiche-legende-ile-massacre-90.html. Elle irait squatter la maison incendiée à l’entrée de la pointe aux Anglais.

Trouver la phrase initiale, travailler le potentiel incipit :

« C’est brun-rouge et c’est dégueu.

 Avec le bout d’une branche, Célia tâtonne la chose qu’elle vient de trouver, en marchant sur la grève, à marée basse.

 La chose est molle et fibreuse.

 Lentement, elle la tourne, la retourne, la soulève.

 Ces rebords inégaux, ce cordon grisâtre qui pend. On dirait un placenta séché.

 Dommage. Ce n’est qu’un morceau de tissu, sans doute taché de boue et de sang. »

Penser qu’on pourra aussi récupérer enfin cette anecdote racontée par une femme qui m’avait confié avoir une phobie affolante : celle de jeter son poupon du haut d’un escalier. Cette pulsion qui relève d’une phobie d’impulsion, caractérisée par la crainte d’un acte non déterminé.

Tourner en rond dans ses notes. S’éloigner du clavier. Décider de « rêver » la crique.

Revenir aussitôt à l’idée de suicide. À cette scène qui m’habite depuis longtemps : deux personnages près d’une falaise, l’un en fauteuil roulant, l’autre qui va le pousser; de connivence, le plongeon fatal, le deuxième personnage ayant accepté de mettre un terme aux souffrances du premier.

La noyade, cette éternelle fascination (« Entre deux anémones ou les coulisses d’une chambre liquide »https://bureaubref.wordpress.com/2019/05/23/entre-deux-anemones-ou-les-coulisses-dune-chambre-liquide/). Mais pourquoi ?

Peut-être parce que la première crique, à la pointe aux Anglais, est un lieu à l’écart. Presque secret. Un entre-lieu, un « [e]space de liberté où tout est possible », « [v]ierge de toute connotation historique ou « mémoriale », [… qui] attend d’être investi, d’être transformé par le regard humain » (Lahaie, C. et coll., Ces mondes brefs, 2009, p. 38).

*

Une autre noyade. Pas l’idéal, dans la perspective d’un recueil où il importe minimalement de varier les thèmes et de relancer l’imaginaire de l’équipe.

Chercher encore, donc.

Même si, comme le souligne fort pertinemment Bachelard, pour certains auteurs et certaines autrices, « [l]’eau est […] une invitation à mourir; elle est une invitation à une mort spéciale qui nous permet de rejoindre un des refuges matériels élémentaires. […] En lui, chaque heure méditée est comme une larme vivante qui va rejoindre l’eau des regrets; le temps tombe goutte à goutte des horloges naturelles; le monde que le temps anime est une mélancolie qui pleure » (L’eau et les rêves, 1989, p. 77-78).

Références :
– Bachelard, Gaston, L’eau et les rêves, Essai sur l’imagination de la matière, Paris, Librairie José Corti, (1942) 1989, 265 p.
– Lahaie, Christiane, avec la coll. de Marc Boyer, Camille Deslauriers et Marie-Claude Lapalme, Ces mondes brefs, Pour une géocritique de la nouvelle québécoise contemporaine, Québec, L’instant même, 2009, 456 p.

2 réflexions au sujet de “« Dans les bras de Satie » – Fausse piste”

  1. J’aime ces labyrinthes de pistes et de fausses pistes qui transforment le texte vivant. Quand on décide de les suivre où elles vont, il est normal que ces pistes nous ramènent immanquablement à nos obsessions: dans un labyrinthe, après d’être butté aux culs-de-sac, on finit par arriver au coeur.

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