Camille Deslauriers

« L’enfant sur le linoléum » – Deux titres, sept vers et un refrain

Vous pouvez consulter le résumé de la nouvelle ici.

Je l’ai souligné dès les premières entrées du blogue : la trame sonore d’écriture, pour moi, s’avère fondamentale dans le processus de création.

Étonnamment, cette fois, pour la choisir, j’ai d’abord porté attention à des titres de chansons. 

Grâce à Joanie, assistante de recherche-création et amie qui connaît bien mes goûts musicaux, je venais de découvrir Yael Naïm. Alors que j’explorais sa discographie, l’un des ses EPCoward, a tout de suite attiré mon attention. Il semblait tout indiqué pour écrire sur un sujet tel la phobie d’impulsion. 

Quelques notes de piano, une voix dans laquelle on sent d’emblée de l’inquiétude. Arrivée au refrain, qui prend la forme d’une même question martelée cinq fois – How did I become a coward ? – j’étais déjà convaincue : je venais de trouver ma trame sonore. Tout convenait : les harmonies, l’atmosphère, le thème, les répétitions obsédantes. À chacune de mes séances d’écriture, j’ai donc écouté l’album en boucle, du premier jet de « L’enfant sur le linoléum » à la version révisée qui paraîtra, à l’automne 2020, dans le collectif Cruelles (Éditions Somme toute, collection Hamac). 

 » But how did I become a coward ?
How did I become a coward ?
How did I become a coward ?
How did I become a coward ? « 

Le refrain est vite devenu exergue. Le lambeau de pyjama, pièce à conviction trouvée sur les lieux d’un carnage imaginé par Jessica, cette adolescente fascinée par « les choses morbides » et « les dictionnaires ».

Un vieux dictionnaire sans page couverture qu’elle traîne dans son sac à dos; le Larousse médical de son beau-père; L’Encyclopédie du paranormal se sont ainsi transformés en autant d’objets fétiches au fil des versions. 

Dans la foulée de cette fascination pour les bouquins – que mes lectrices-critiques (Joanie et Valérie de l’équipe du BREF; ma sœur Rosaline; Fanie Desmeules et Krystel Bédard, directrices littéraires du collectif Cruelles) m’ont, lors de leurs relectures, invitée à creuser – mon personnage a développé un véritable amour des mots : 

« Depuis qu’elle a découvert la poésie en analysant Une Charogne de Baudelaire, dans un cours de français qui aurait pu se révéler passionnant sans cette gorgone de madame Létourneau, les mots, pour elle, sont devenus aussi concrets que des blessures. Ils coupent, ils grincent, ils coulent. »

Dès lors, je tenais mon prétexte pour faire entrer la bibliothèque de survie de l’île aux Amours dans la fiction. Mais il me fallait identifier le livre que Jessica y trouverait, d’une part, et qui, de l’autre, saurait me servir d’intertexte.

Rêvasser devant sa bibliothèque, c’est aussi écrire.

Encore une fois, c’est un titre qui m’a mise sur la piste. 

Ce recueil semblait taillé sur mesure pour un personnage qui « a froid », l’automne, pendant sa fugue; qui aime les livres; qui tente de se raccrocher au réel en touchant « quelque chose de concret, quelque chose de matériel, quelque chose qui existe vraiment, pour ne pas succomber aux visions. »

Relire la poésie de Marie-Andrée Gill en prenant des notes a constitué un moment-phare du processus.

« Les mots nous hantent. Ils existent très fort, surtout quand on les répète », avais-je auparavant écrit dans mon texte. Il était maintenant clair que quelques extraits-chocs de Chauffer le dehors devraient y être cités littéralement :

Les vers suivants : 

« Chaque pensée est un crash
de corneilles dans un blender »

et

« Mon seul chez nous
est un coup de poing
dans la viande du cœur »

ont donc naturellement trouvé leur place dans ma nouvelle pour traduire la psychologie d’un personnage qui, à travers le miroir des mots d’une écrivaine, se sent enfin comprise, soulagée de constater qu’elle « n’est pas la seule à voir du sang dans sa tête ».

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