Valérie Provost

« Sur le rocher » – La présence des autres

Vous pouvez consulter le résumé de la nouvelle ici.

Il arrive parfois qu’un moteur d’écriture, un déclencheur – autrement dit, une idée « utile » à l’écriture – finisse par devenir encombrant, en cours de création. C’est ce qui est arrivé avec l’image de Régine qui voulait photographier le vent, tirée d’un texte de Camille; une image qui m’avait aidée à trouver le nœud de ma nouvelle, mais qui s’est avéré un frein à la compréhension.

Lorsque j’avais décidé que ma narratrice allait aussi tenter de photographier le vent, je m’étais posé la question : pourquoi un tel projet? La réponse qui avait émergé, c’était qu’elle essayait de fixer, sur pellicule, l’absence récente de ses parents décédés – une absence qu’elle retrouvait partout dans l’album, qui ne comportait aucune photo d’eux. Au fond, le vent devenait une sorte de métaphore de leur départ, de leur disparition. Cela s’est traduit, dans le premier jet de mon texte, par cette phrase finale : « Avec la dernière pose, immortaliser le vent de la Pointe. »

Lorsque j’ai lu les commentaires de ma collègue Joanie à propos de cette première version, j’ai bien vu qu’il y avait confusion. Le lien entre les parents et le vent n’était pas clair. J’ai cru que le problème se situait en amont; que j’avais mal « préparé » la dernière image. J’ai modifié le texte, j’en ai fait une, deux, trois, quatre nouvelles versions avant de trouver quelque chose qui semblait fonctionner – toujours en conservant la phrase finale. Mais quand Joanie a commenté à nouveau mon texte et qu’elle m’a fait remarquer que la même confusion persistait, j’ai compris qu’en fait, c’était cette phrase, le problème.

A posteriori, je le vois bien. La phrase, au fond, était séduisante; l’image qu’elle convoquait, qui s’était imprimée en moi à la lecture du texte de Camille, était belle. Seulement, elle était détachée du récit que je faisais. Le lien n’existait que dans ma tête. Pourtant, lorsque j’étais dans l’écriture, complètement immergée dans mon texte, je m’accrochais à cette phrase. Je ne sais pas exactement pourquoi. Peut-être parce qu’elle me paraissait d’une telle évidence que je ne pensais pas qu’on ait pu la mettre en question. Peut-être parce que je l’aimais, tout simplement, et que je ne voulais pas m’en départir. Peut-être les deux.

Peu importe, au fond. J’ai compris, j’ai changé la fin – mais après combien de tâtonnements!

Dans son troisième commentaire de mon texte, Joanie m’a confirmé que cette fois, ça y était presque. Elle m’a fait une suggestion qui m’a plu, et je m’en suis servi pour reconstruire la phrase qui clôt maintenant ma nouvelle.

La solitude de l’écriture

Dire que l’écriture est un exercice de solitude relève presque du cliché. De plus, même si cette affirmation comporte une certaine part de vérité, des projets de création comme celui que nous menons au BREF tendent à la faire mentir.

Bien entendu, il n’est pas rare qu’en tant qu’écriv·ain·e, nous recourrions au regard d’un premier lecteur ou d’une première lectrice. Par contre, rares sont les occasions où cette personne est autant immergée que nous dans le projet; où les commentaires qu’elle fera sur notre texte auront, éventuellement, des répercussions sur ceux qu’elle écrira elle-même plus tard. Rares aussi sont les occasions de « contamination » mutuelle (du moins, à cette échelle) entre des textes et, même, entre des univers. Cette influence de mes collègues du BREF, je la perçois à chaque étape du processus de création : lorsque je cherche une nouvelle idée pour un texte, lorsque je me demande comment la raccrocher à notre projet, lorsque je retravaille le texte à l’aune de leurs commentaires. Et cela sera d’autant plus palpable lorsque nous nous rencontrerons toutes les trois, une fois l’écriture terminée, pour discuter de la mise en recueil, et en particulier des modifications à effectuer dans certains textes pour assurer une cohérence d’ensemble. Au final, lorsque je relirai chacun de mes textes, je saurai que je ne les aurai pas écrits seule. Et qu’en chacun d’eux, même si cela passe inaperçu, se trouvent les traces de la présence de Camille et Joanie.

Valérie Provost

« Sur le rocher » – La photo

Vous pouvez consulter le résumé de la nouvelle ici.

Lorsqu’il a été temps d’écrire ma quatrième nouvelle pour le BREF, j’étais à court d’idées – et de temps. La précédente avait été très difficile et très longue à écrire, et j’avais l’impression de ne pas avoir eu l’occasion de reprendre mon souffle depuis. Je me sentais vide. L’idée de devoir repartir à zéro, d’inventer une histoire et des personnages de toute pièce me décourageait.

Durant cette période, j’étais aussi, en parallèle, plongée dans le projet de création que je mène dans le cadre de ma thèse de doctorat. En prévision d’un texte sur ma grand-mère, j’avais demandé à ma mère de me prêter les photos de famille qu’elle garde dans une grande boîte de rangement en plastique. Pendant quelques jours, j’avais observé et classé les centaines de clichés qu’elle contenait. J’étais complètement immergée dans les traces de mon histoire familiale, avec tous les personnages qu’elle contenait. Cela rendait d’autant plus difficile l’idée de replonger dans l’univers du BREF.

Plutôt que de me battre contre cette difficulté, j’ai décidé de m’en servir. Si ma tête se refusait à sortir de la boîte de photos, j’allais y puiser l’inspiration pour mon texte.

J’ai retrouvé une de mes photos préférées, qui me montre debout sur une grosse roche, sur le terrain d’un chalet qui, me semble-t-il, appartenait à une amie de la famille. Entre mes doigts, un serpent en peluche que je ne me souviens pas avoir vu ailleurs. Je ne sais pas pourquoi j’aime autant cette photo, mais je me souviens l’avoir souvent regardée, quand j’étais plus jeune et que je fouillais dans les souvenirs que ma mère conservait dans sa chambre.

La photo.

De cette photo est née l’idée d’un personnage qui feuillette un album familial. La roche de la photo est devenue un des rochers de la Pointe-aux-Anglais. Il me restait maintenant à imaginer ce qui se passait autour de la photo.

Photographier le vent

Le texte de Camille intitulé « La ménagerie de roc » ainsi que son personnage de Régine m’avaient beaucoup émue. J’y voyais un personnage complexe, empreint d’une sensibilité extraordinaire. Je suis allée le relire dans les premiers jours de l’écriture de ma nouvelle, espérant y trouver une manière de raccrocher mon texte à la Pointe que nous étions en train de construire dans le cadre du BREF.

Un extrait, en particulier, m’a marquée :

« Une nuit, Régine a voulu photographier le vent. »

Les questions que posait cette phrase et la poésie que cette image folle convoquait se sont imprégnées dans mon écriture. Ma narratrice aussi voudrait photographier le vent : saisir ce qui échappe à la photo, ce qui ne peut pas être fixé. Ce qui ne reste pas. Et pour moi, cette perte, évidemment, c’était les parents.

Valérie Provost

« Banquise » – Écrire au nous

Vous pouvez consulter le résumé de la nouvelle ici.

Quand j’ai commencé l’écriture de ce texte, je lisais le recueil de notre collègue Annie Landreville, Date de péremption. Le livre au complet m’a happée, mais un poème en particulier m’a émue, et plus précisément les deux derniers vers :

« il n’y aura plus personne
pour savoir que nous ne sommes plus là »

Si le nous du poème a une portée beaucoup plus large que celle de mon texte, sa lecture a tout de même constitué un point important dans mon processus d’écriture.

D’abord, l’anéantissement qu’évoque le poème d’Annie (celui de l’humanité, du monde tel qu’on le connaît) fait en effet surgir en moi des impressions similaires à celles qui se sont imposées lorsque j’ai commencé à penser à la pêche sur glace au Bic. L’amoncellement des cabanes dans le paysage glacé de la baie, sans personne autour qui marche ou qui pêche à l’extérieur, me donnait immanquablement un sentiment de fin du monde, que ce soit lors de mon passage en voiture ou lorsque j’ai étudié des photos (notamment celle prise par notre collègue Françoise Picard-Cloutier, que l’on peut voir dans mon billet précédent). Ce néant, me semblait-il, pouvait se rapprocher de l’expérience des pêcheurs et pêcheuses (que je ne pouvais qu’imaginer, n’ayant jamais pêché en hiver), encaban·é·e·s tout le jour comme s’ils et elles étaient seul·e·s au monde. Cette solitude extrême donnerait finalement le ton de l’amitié entre Lili et Ines : fusionnelle et coupée du monde. Durant les mois où j’ai écrit le texte, j’ai relu le poème plusieurs fois pour me replonger dans cet état d’esprit.

Ensuite, j’ai eu envie d’explorer l’écriture au nous, constante dans le recueil d’Annie. Les textes que j’avais écrits dans les mois, voire les années précédentes étaient tous au je. J’avais du mal à opter pour d’autres types de narration. Celle au nous me paraissait un beau compromis : pas aussi détachée que la narration au elle/il, elle ouvrait sur autre chose que l’intériorité presque absolue que j’explorais immanquablement. Il s’agissait en outre d’un défi intéressant : comment donner texture et profondeur à un personnage-narrateur qui ne dit jamais « je »? Je me suis tout de même permis des formulations qui utilisent le moi lorsque les phrases au nous ne permettaient pas de faire avancer le récit – il me semblait aussi que de m’y limiter aurait rendu l’écriture monotone; mais le je demeurait strictement interdit.

Ines

En parallèle, je faisais des recherches à propos de la pêche sur glace et j’ai trouvé un article qui parlait d’une activité de pêche blanche destinée à l’accueil des personnes immigrantes et réfugiées arrivées depuis peu à Rimouski. L’idée que le personnage ait pu venir d’un autre pays a ainsi fait son chemin. Je me suis mise à chercher des prénoms plus rares au Québec, à consonance non francophone. J’ai trouvé « Ines », qui m’a tout de suite plu par le nombre important de joueuses de soccer ainsi prénommées que j’ai trouvées (il s’agit d’un sport que j’aime particulièrement pratiquer). Différentes variantes de ce prénom apparaissent dans plusieurs cultures, mais il semble particulièrement populaire dans certains pays du Maghreb. C’est donc cette région du monde que j’ai choisie comme lieu de naissance d’Ines qui, tout comme Lili, est arrivée jeune au Bas-Saint-Laurent avec ses parents. Il s’agit d’ailleurs d’un point en commun qui participe de la construction de leur amitié.

Je ressentais cependant une certaine gêne : je ne savais pas comment aborder un tel personnage. Je me sentais mal à l’aise avec une narration au je pour dépeindre une expérience que je n’étais pas certaine de saisir entièrement. Utiliser le elle me semblait en revanche présenter, par la distance que cela aurait mis entre moi et le personnage, le risque de tomber dans le stéréotype et l’objectification. Le nous s’est donc présenté comme une manière de me coller au plus près d’Ines, sans pour autant la noyer dans un je qui aurait trop ressemblé à celui que j’utilise la plupart du temps (souvent très proche du mien). Ainsi, j’espère avoir été capable de faire en sorte qu’Ines prenne réellement la parole pour elle-même.

ŒUVRES CITÉES

Landreville, Annie, Date de péremption, Montréal, Les Éditions de La Grenouillère, 2019.

Valérie Provost

« Banquise » – Écrire l’hiver

Vous pouvez consulter le résumé de la nouvelle ici.

Durant l’une des rencontres régulières du BREF, nous avons passé en revue toutes les nouvelles que nous avions écrites jusque-là, et nous sommes rendu compte qu’aucune ne se déroulait en hiver. Comme je devais remettre mon texte moins de deux mois plus tard et que je n’avais, comme à mon habitude, aucune idée de ce que seraient son intrigue ou ses personnages, je me souviens avoir sauté sur celle-ci comme une affamée sur un morceau de pain : ma nouvelle se passerait en hiver.

Comme pour confirmer qu’il s’agissait d’une piste fertile, j’ai remarqué, alors que je retournais chez moi quelques semaines plus tard, à la suite d’un autre séjour à Rimouski (je l’ai déjà dit, je n’habite pas le Bas-Saint-Laurent), que la banquise qui s’était formée devant le Golf du Bic était parsemée de cabanes colorées servant à la pêche sur glace. Je ne savais pas que cette activité se pratiquait à cet endroit.

Au loin, des cabanes de pêche sur la banquise à la Pointe-aux-Anglais. Crédit photographique: Françoise Picard-Cloutier

J’avais maintenant la saison et le lieu précis de mon texte. Il me restait à savoir ce qui s’y passait.

À l’intérieur

Ce qui s’est imposé, dès le départ, c’est l’immobilité. L’hiver et la fixité des glaces, l’intérieur d’une cabane exigüe, la pêche et son inévitable attente : tout ceci évoque pour moi le silence et l’inaction. Mais ce n’est qu’en apparence. En réalité, en-dessous de la banquise, les marées continuent d’avoir lieu; et à l’intérieur des bâtiments, les gens poursuivent leur vie. Ma nouvelle se concentre donc sur ce qui reste caché, ce qui échappe au regard mais qui existe pourtant.

Je ne me souviens plus comment, mais le personnage de Lili m’est revenu en tête dès les premiers jours d’écriture. J’avais eu l’impression, avec l’écriture de « Water Lili », de ne l’avoir qu’effleuré – notamment, j’avais voulu lui construire une vie à l’extérieur de la Pointe, avec des activités et des relations, mais ce n’est pas là que le texte m’avait finalement menée. Probablement aussi que le projet d’écriture que je menais maintenant en parallèle, dans le cadre de ma thèse, a contribué à raviver la présence de ce personnage dans mon esprit. Je revisitais alors mon adolescence et plus particulièrement un élément central de cette période de ma vie : l’amitié. À l’aide de mes journaux et de mes albums, je me rappelais les amies que j’avais eues et perdues, les drames qui s’étaient joués autour des alliances et des abandons.

Dans l’écriture de « Banquise », c’est cependant une dimension bien spéciale de ces relations qui a commencé à se dessiner : le secret. L’adolescence, pour moi, avait été l’époque des journaux intimes, mais aussi des lettres écrites en cachette pendant les cours ou dans la tranquillité d’une chambre, que l’on pliait d’une manière précise pour qu’elles ne s’ouvrent pas facilement, et sur lesquelles on écrivait parfois « TOP SECRET » en grosses lettres. Un jour, les garçons du groupe avaient trouvé l’endroit où ma best cachait celles que je lui avais offertes et avaient lu devant tout le monde les confidences que je lui faisais.

Un exemple des lettres que mes amies et moi nous écrivions. Celle-ci n’avait jamais été remise, je l’ai retrouvée dans l’un de mes journaux intimes.

Replongée dans cette ambiance, j’ai commencé à bâtir pour Lili une amitié forte mais discrète avec Ines. De celles qui excluent les autres, qui s’épanouissent dans l’intimité, à l’abri du monde. La cabane de pêche est ainsi devenue un de leurs refuges.

Les secrets de la Pointe

Si l’amitié de Lili et Ines évolue dans le secret, ainsi en est-il de plusieurs des récits que nous avons écrits jusqu’à présent. Les personnages y sont presque toujours seuls, et on les suit souvent la nuit, alors qu’ils sont invisibles au reste du monde et qu’ils vivent des événements généralement insolites, voire indicibles. La Pointe-aux-Anglais, me semble-t-il, éveille chez nous un imaginaire qui a affaire avec le mystère. Dans notre œuvre en devenir, elle est remplie de secrets.

Le texte que j’avais écrit avant celui-ci ne fait pas exception : « À marée haute » se déroule en effet en partie la nuit, en partie dans la cave d’une des maisons, et met en scène un personnage solitaire. Je l’avais de plus voulu semblable à un spectre; c’est d’ailleurs peut-être précisément pour cette raison qu’il avait semblé m’échapper tout au long de l’écriture. Le fantôme de la Pointe était un mystère, même pour moi. Je crois qu’il me hantait encore, car l’histoire d’Ines et Lili a lentement glissé de vers la sienne, jusqu’à la croiser. J’ai pensé qu’ensemble, elles pourraient jeter un peu de lumière sur un des secrets de la Pointe.

Valérie Provost

« À marée haute » – Un exercice de lenteur

Vous pouvez consulter le résumé de la nouvelle ici.

Il est rare que je connaisse déjà l’histoire d’un texte avant de l’écrire. La plupart du temps, mon élan premier est le personnage. Parfois, j’ai déjà le début d’une idée ou encore quelques mots. Mais presque jamais des actions, une intrigue. J’écris un peu comme je lis, et je découvre le récit au fur et à mesure.

Cette fois-ci n’est pas différente : j’avance dans l’histoire en ne sachant pas sur quoi je vais tomber. Seulement, c’est terriblement plus lent qu’à l’habitude. Je me retrouve plusieurs fois complètement perdue, à ne pas savoir ce qui va se passer, ni même s’il se passera quelque chose. Je me demande à de nombreuses reprises où s’en va mon texte, sans pouvoir trouver de réponse satisfaisante.

Le souci du détail

Je pense qu’une des difficultés avec ce texte est qu’il se déroule dans un endroit très spécifique. Dans le cas de « Water Lili », si la Pointe-aux-Anglais était présente, elle ne l’était pas tout le temps. J’y faisais référence de manière un peu plus vague et le récit se déroulait également dans d’autres lieux. Dans le cas d’« À marée haute », toute l’action se déroule sur la pointe et, plus particulièrement, dans les deux maisons tout au bout. Le récit, tout comme le personnage d’ailleurs, est vraiment imprégné de ce lieu.

Le problème, c’est que j’habite loin de la Pointe-aux-Anglais, à environ 4h de route. Quand j’entreprends l’écriture de cette nouvelle, cela fait déjà plusieurs mois que je n’ai pas eu l’occasion d’aller la visiter. J’en garde un souvenir assez marquant, mais j’ai l’impression qu’il n’est tout de même pas assez précis. Après tout, je n’ai marché dans la pointe que trois fois et observé les maisons que très rapidement. Je pourrais ne pas m’en soucier et laisser le texte se déployer, même si mes souvenirs ne correspondent pas entièrement au « vrai » lieu, mais j’en suis incapable. Pour une raison que j’ignore, j’ai besoin que le lieu dans mon texte soit fidèle à la réalité. Je ne veux pas qu’il y ait d’« erreurs » et je passe beaucoup de temps à m’assurer que je n’en ai pas fait. Pendant ce temps, je n’écris pas.

Être loin du lieu

Si j’habitais plus près, je pourrais me rendre à la Pointe-aux-Anglais, m’inspirer du lieu, vérifier des détails qui me chicotent, débloquer des choses. Comme c’est impossible, je me contente des (très) belles photos que Françoise a prises de la baie et des maisons ainsi que d’autres que je trouve sur internet. Je m’en sers pour me rappeler comment sont faits les porches, vérifier à quelle hauteur se trouvent les fenêtres, estimer à quelle distance de l’eau se situent les maisons. Je passe d’une photo à l’autre, je zoome, je dézoome.

Maisons de la pointe, hiver.jpg
Maisons de la pointe, hiver. Crédit photographique: Françoise Picard-Cloutier

 

Mais ce n’est jamais comme être sur place. Pour m’en donner l’illusion, je vais visiter Google Maps en mode Street View. Je marche sur le Chemin de la Pointe, je vais tout au bout, je pivote pour voir autour. Déjà, je me sens plus dans le lieu, mais tout ça a quand même ses limites : le Street View ne comprend pas la portion de la pointe où se trouvent les deux maisons. Je peux seulement les voir de loin, grâce à une série de photos 360º, prises à partir de la baie ou de l’île du Massacre.

Je passe donc une grande partie de mon temps d’écriture à aller et venir dans des répliques virtuelles de la Pointe-aux-Anglais, en tentant de m’imaginer qui peut être ce personnage que je suis en train d’inventer et que peut-il bien y faire.

Besoin de temps

Quand je remets mon texte à mes collègues, je ne suis pas satisfaite. Pourtant, j’aime bien le début et j’ai du mal à dire ce qui cloche exactement. Dans mon carnet, je me demande : « Où est-ce que ça s’est dégradé? » Le fil de la lecture me donne l’impression que quelque chose se perd, sans que je puisse déterminer quoi. Tout ce que je sais, c’est que je devrai le retravailler – beaucoup.

Je réalise un peu plus tard, en lisant les commentaires de Joanie, qu’il s’agit d’un problème d’enchaînement des actions. J’ai passé tellement de temps à trouver le personnage et à mettre en place l’histoire que j’ai dû faire vite, trop vite, vers la fin, pour terminer le texte dans le temps qui m’était imparti. Pour toutes sortes de raisons, ce texte aurait eu besoin que j’y consacre plus de temps. C’est ce que je ferai, au moment de la réécriture. J’ai déjà hâte de replonger.